Le point de départ
Cela fait déjà quelques temps que je souhaite m’installer en tant que maraîcher, mais c’est plutôt la partie visible de l’iceberg. Bien plus que produire des légumes et nourrir des gens, je souhaite pouvoir exprimer et partager une autre relation à la Nature : vivre sans la dominer ni l’exploiter.
Trop souvent les axiomes qui fondent mes réflexions et mon rapport au monde sont tellement différents de ceux de la plupart de mes interlocuteurs que toute communication « théorique » devient rapidement impossible. Par contre j’ai l’impression que faire partager par les sens certaines expériences de vie, par exemple comment se nourrir et comment produire cette nourriture, peut permettre de faire tomber certains paradigmes et permettre ainsi de renouer un dialogue.
Cheminement
Mes influences sont à la base anarchiste, c’est-à-dire, et pour simplifier, le refus radical de toute forme de domination sur et de l’être humain. Mes rencontres, expérimentations, réflexions et lectures sur le cheminement de l’objection de croissance m’ont fait rencontrer trois autres types de pensées : l’écologie profonde, les peuples dits primitifs et le courant anti-industriel. L’alchimie née de ces quatre courants m’a permis de remettre en cause beaucoup de mes croyances sur les bienfaits du soi-disant progrès. Il y a maintenant un peu plus de deux ans, recherchant plus de sens et de cohérence dans ce que je faisais, j’ai décidé de démissionner de mon métier d’informaticien. Je me suis alors réorienté vers le maraîchage biologique. Cela me semblait une bonne voie. En effet cela alliait à la fois un travail utile socialement (nourrir les gens) et un contact direct avec la nature.
Or ce contact était plutôt de l’ordre de la domination que de la coopération. Il faut d’abord travailler la terre : labour, hersage, “fraisage”. Autant d’outils acérés que l’on utilise pour ouvrir et retourner la terre. Ensuite on désherbe, on élimine tout ce qui ne nous plait pas… Et enfin on fait table rase sur toute la culture lors de la récolte. Et j’en oublie… On traite, même en bio !, dès que des “indésirables” pointent le bout de leur nez, on “engraisse” les plantes d’eau et d’engrais, certes non chimiques, pour augmenter le rendement, etc.
De plus, les contraintes juridiques et le système économique actuel tendent à faire entrer de force dans une logique de croissance, de mécanisation et d’industrialisation toute personne cherchant à s’installer, même de façon modeste. Le système des aides agricoles procède de même, c’est pourquoi je pense m’installer sans y avoir recours. Heureusement des tentatives existent pour éviter ces deux écueils. D’une part l’agriculture sauvage, initié par Fukuoka et reprise par la permaculture, prône un mode de production fondamentalement plus respectueux de la nature. On ne cherche plus à produire contre la nature mais plutôt avec elle (bien que le fait de produire avec la nature puisse donner l’impression que c’est déjà se mettre en dehors d’elle, ce n’est pas réellement le cas, du moins dans ma vision du monde, il faut prendre cette formulation comme étant héritée de notre culture). D’autre part, le mouvement des AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne) lutte pour protéger les petits paysans de l’agro-industrie et tendent à les faire sortir du marché libéral.
En même temps avec des amis nous commencions à nous initier à la cueillette sauvage. De cueillettes en lectures et de lectures en cueillettes, j’ai pris conscience de l’énorme possibilité qu’offre la nature pour qui prend le temps de la connaître et de la respecter. Suite à un stage de « sur-vie douce », lors de l’été 2009, qui a poussé l’expérience de « vie en nature » encore plus loin, et à des discussions lors du premier festival francophone de permaculture, il m’est venu à l’idée de combiner cueillette et agriculture sauvage dans mon projet de maraîchage afin de pouvoir vivre « en prélevant sans appauvrir ».
Étymologie
A première vue, on pourrait croire que le mot « agrios » a une racine étymologiquement proche du mot agriculture. En réalité, c’est plutôt le contraire ! Agriculture vient du latin « ager » qui signifie le champ, c’est-à-dire un ersatz de nature dominé par l’homme, alors que le terme « agrios » vient du grec et signifie sauvage… Ce n’est pas la même chose vous en conviendrez. Dans la mythologie grec, Agrios était un géant fils de Polyphonte, une des compagnes d’Artémis (déesse de la forêt), unie à un ours. Il ne faut rien voir de mystique dans l’évocation de la mythologie, juste de la symbolique.
Commentaires
C’est tellement évident et de ce fait sublime que j’en ai les larmes aux yeux. C’est ma nièce Hélène Creusot, de Nancy qui m’a parlé de vous. Moi qui, à 65 ans, née dans les Vosges “profondes” qui m’ont données un sens aigu de la nature, terre-mère, vis depuis une dizaine d’année dans la désespérance de l’avenir, votre bourgeon d’espoir, au coeur de l’hiver, s’il pouvait au moins fleurir et me sortir de ma déréliction, cela ferait deux heureux.
BriZouUne barisienne bio tendance agrio. Merci monsieur, et tous mes voeux.